Compte-Rendu du dîner-débat organisé avec Christian Sautter
Tokyo - 12 avril 2006

 
 

 

Le 12 avril, l’ADFE-Tokyo a eu le plaisir d’accueillir Christian Sautter, actuel adjoint au maire de Paris et ancien ministre de l'économie. En vacances au Japon, celui-ci avait accepté de consacrer une soirée pour débattre du thème suivant: “Peut-on mener une politique économique de gauche à l'ère de la mondialisation?”. Christian Sautter a abordé cette question dans l’optique des élections de 2007 en présentant successivement les grands enjeux de la mondialisation, le bilan français en 2007, et les grandes orientations d’une politique économique de gauche.

La mondialisation pose à la France et à l’Europe de nouveaux et nombreux défis, que Christian Sautter regroupe en 4 grands thèmes. Il y a d’abord un enjeu technologique énorme : quel que soit le domaine (biotechnologies, génomique, nanotechnologies, …), la compétition académique et économique est maintenant mondiale pour contrôler ces nouveaux pôles de croissance. Deuxièmement, quelle est la place de l’Europe, dans un monde économique non seulement dominé par les Etats-Unis, mais aussi profondément remodelé par l’émergence des deux géants économiques que sont la Chine et l’Inde? Egalement, quel but et quels moyens financiers l’Europe pourra-t-elle ou voudra-t-elle se donner? Quelle doit être la place de l’euro dans le modèle financier actuel, entre les Etats-Unis qui finance leur déficit avec leur propre monnaie, et le Japon qui, loin de toute orthodoxie monétaire, se soucie peu d’avoir une grande monnaie internationale (ainsi, les réserves des grandes banques centrales sont constituées à 66% en dollars, à 24% en euros, et à 4% en Yens). Enfin, le développement durable devient une nécessité vitale. Quel sera sa place dans la politique économique européenne?

Puis Christian Sautter a présenté un état de la France mitigé pour 2007. Ainsi, selon le budget actuel, les finances de l’Etat et de la Sécurité Sociale requièrent un taux de croissance de 4% pour atteindre l’équilibre. Nous en sommes loin. Egalement, les moteurs de croissance que sont la recherche, l’éducation, et l’investissement, tournent au ralenti. Et le fort taux de chômage aggrave une situation déjà difficile. Il ne faut cependant pas dresser un portrait entièrement négatif de la France en 2007, car celle-ci possède plusieurs atouts. Citons par exemple les grandes entreprises françaises, qui se sont montrées aptes à profiter de la mondialisation pour se développer. Ou le fait que la France est un des pays possédant la meilleure productivité par heure travaillée. Egalement, plusieurs pôles Université-Industrie se développent pour faire aboutir des projets industriels novateurs. Et à une autre échelle, la France possède un grand nombre d’associations, et de collectivités locales actives, qui témoignent de l’engagement et de l’activité de la population française.
Dans ces conditions, quelle pourrait être une politique économique de gauche à l’échéance de 2007? Pour Christian Sautter, cela commence par une première priorité : restaurer la confiance. Cela implique de conduire une politique visant le plein emploi, et de considérer ce but comme un des priorités centrales du gouvernement. La confiance passe aussi par l’égalité réelle des chances, en particulier pour les enfants issus de l’immigration ou de milieu défavorisé. Enfin, il est nécessaire d’établir une sécurité sociale suffisante pour le chômage, la maladie ou la retraite. La deuxième grande priorité est de relancer la croissance. Pour cela, il faudra dépenser l’argent public autrement, en favorisant les dépenses de croissance (éducation, recherche), au détriment par exemple du budget militaire. Le système d’imposition devra également être réformé pour favoriser les investissements productifs, afin d’encourager le développement économique. La troisième priorité est la simplification de l’Etat : trop d’initiatives peinent à se réaliser à cause de la complexité actuelle des règles administratives. Il faut également promouvoir la décentralisation et la mobilité des fonctionnaires, au niveau géographique, comme entre les différentes administrations, afin d’affecter les fonctionnaires aux postes et zones ayant besoin de leurs compétences. Par exemple, Bercy compte actuellement 8000 fonctionnaires, dont un certain nombre pourrait être affectés à d’autres tâches plus utiles, sans nuire à l’efficacité du ministère des finances. Enfin, il est nécessaire de tonifier l’Europe et d’aller vers une économie de continent. Cela suppose d’oeuvrer pour une Europe fédérale, dotée d’un organe de gouvernement économique et d’un budget européen, et apte à gérer les grands projets européens d’équipement (infrastructures, transports, …) ou de développement (zones pilotes en développement durable, …). Ce gouvernement économique devra aussi être un interlocuteur actif de la Banque Centrale, afin que la politique monétaire européenne tienne compte du rôle interne de l’euro, et non plus seulement de sa dimension internationale.

L’ADFE-Tokyo remercie vivement Christian Sautter d’avoir bien voulu animer ce débat et d’avoir décrit ce que peut être une politique économique, de gauche et réaliste. Ce fut une soirée passionnante, telle qu’on aimerait en voir plus souvent à Tokyo.